Le poète Marcel Labine s’est éteint le lundi 4 mai 2026, à l’âge de 78 ans. Connu pour sa poésie luxuriante et précise publiée aux Herbes rouges depuis plus de 50 ans, il a également marqué plusieurs générations d’étudiant·es au Cégep de Maisonneuve, où il a enseigné durant 35 ans.
C’est en 1975 que Marcel Labine vient s’ajouter au cortège de voix dissidentes qui animent la revue les herbes rouges. Il publie dès lors des poèmes régulièrement, seul ou en conversation – il signe deux numéros avec Normand de Bellefeuille.
« Des décennies plus tard, Marcel Labine parlait de ses poèmes en revue comme d’exercices. Mais il possédait déjà sa voix, et un réel art poétique, si bien que dès son premier “vrai livre’’, Papiers d’épidémie (1987), il reçoit le Prix du Gouverneur général !
S’ensuivront douze livres, échelonnés sur les décennies subséquentes. Plus grave, mais toujours marquée par un humour discret, sa poésie s’ancre dans des lieux réels, comme Hochelaga, ou imaginaires, comme Poets’ Corner. Marcel Labine construit de livre en livre, sans relâche, des poèmes brillants qui s’offrent comme des défis lancés à la réalité. »
— Roxane Desjardins,
son éditrice des dix dernières années
Le succès critique est évident : on parle d’une œuvre majeure, rigoureuse, exceptionnelle. Presque chaque livre de Marcel Labine est salué par une finale de prix, quand il ne rafle pas les honneurs, comme le Grand Prix Québecor du Festival international de poésie de Trois-Rivières, qu’il gagnera deux fois. Tout récemment, il a reçu le prix Alain-Grandbois pour Comme si c’était comme ça (2024).
« Sans doute est-ce l’une des œuvres qui méritera de survivre au temps, peut-être justement à cause de ce désespoir qu’elle manifeste avec lucidité et qui, par ironie, va peut-être lui ouvrir le temps futur. »
— Hugues Corriveau,
Lettres québécoises, 1997
Lecteur infatigable et attentif, Marcel Labine a aussi joué un rôle de passeur, que ce soit comme critique ou comme professeur, ou encore à même ses livres, car la pratique de l’intertextualité et de la citation a toujours fait partie de son écriture.
« Encore tout récemment, quand je redécouvrais Comme si c’était comme ça, me plaisant à pister les collages, j’en arrivais à l’évidence : bien plus que les mots greffés de chez Dante ou Ducasse, ce sont ses vers à lui qui bouleversent le plus par leur acuité : “on ne pourra pas toujours faire comme si / les catastrophes n’avaient pas eu de causes / qu’elles étaient apparues par génération / spontanée par la force des choses.’’ »
— Son ancien étudiant et éternel lecteur,
l’écrivain et professeur Alain Farah
Comme enseignant, Marcel Labine « avait quelque chose de l’ingénieur ou du savant fou, en ce qu’il nous montrait la mécanique (et la magie) des textes, comme seuls peuvent l’entrevoir celles et ceux qui ont les mains dans le cambouis (ou la potion magique) », renchérit Alain Farah. On l’a aussi entendu à la radio de Radio-Canada, en conférence ou, plus récemment, dans le balado Hiatus de la revue Spirale, où il s’adonnait avec autant d’érudition que d’humilité à l’exercice de la critique.
Marcel Labine laisse derrière lui une œuvre qui pense, sans bouder son plaisir du jeu et du souffle ; une œuvre qui ravit par sa richesse tout en éclairant les lieux de la pauvreté, le manque, le dépérissement. Tous ses titres publiés aux Herbes rouges peuvent être commandés en librairie.
Dans les mois qui ont précédé son décès, Marcel Labine a eu le temps de terminer le travail sur son tout dernier livre, un recueil dédié à la mémoire de sa compagne, où le deuil amoureux s’éprouve à même les souvenirs de voyages à deux dans des villes imaginaires. Sous le titre de Je n’y suis pour personne, ce livre arrivera en librairie le 22 mai. Un lancement-hommage est prévu le même jour à la librairie Le Port de tête.